Le gingembre agit contre les nausées grâce à ses gingérols, en particulier le 6-gingérol, qui bloquent les récepteurs 5-HT3 situés sur les nerfs vagaux — la même cible que les médicaments antiémétiques comme l'ondansétron — tout en accélérant la vidange de l'estomac. Cette double action, sur le signal nerveux de la nausée et sur la motricité digestive, explique pourquoi une seule plante soulage des nausées d'origines aussi variées que la grossesse, le mal des transports ou les suites d'une opération. L'efficacité dépend toutefois de la forme choisie et de la quantité de gingérols réellement apportée.
Cet article a été mis à jour le 01/04/2025La nausée et le vomissement sont déclenchés par un circuit nerveux. Lorsque l'organisme détecte une agression — toxine, mouvement, variation hormonale, médicament —, des cellules de la paroi digestive libèrent de la sérotonine, aussi appelée 5-hydroxytryptamine ou 5-HT. Cette molécule se fixe sur des récepteurs spécifiques, les récepteurs 5-HT3, présents sur les terminaisons du nerf vague et dans une zone du tronc cérébral nommée area postrema. Une fois ces récepteurs activés, un signal remonte jusqu'au centre du vomissement, qui déclenche la sensation de nausée puis le réflexe d'expulsion.
Les médicaments antiémétiques de référence, comme l'ondansétron, agissent en bloquant ces récepteurs 5-HT3. Le gingembre suit la même logique. Ses composés piquants, au premier rang desquels le 6-gingérol, accompagné des shogaols, se comportent comme des antagonistes des récepteurs 5-HT3 sur les neurones des afférences vagales. Des travaux menés sur des neurones entériques humains ont confirmé que l'extrait de gingembre réduit la réponse à la sérotonine de façon comparable à l'ondansétron, par un blocage dit non compétitif du récepteur.
L'action du gingembre ne se limite pas au récepteur 5-HT3. Le 6-gingérol agit également sur les récepteurs à la neurokinine-1, ou NK-1, cibles de la substance P. Ce neurotransmetteur intervient dans la phase retardée des nausées, celle qui survient plusieurs heures après le déclencheur, notamment lors d'une chimiothérapie. Une action sur les récepteurs cholinergiques impliqués dans la motricité digestive a aussi été décrite. Cette pluralité de cibles distingue le gingembre des antiémétiques classiques, qui ne neutralisent souvent qu'un seul récepteur.
Au-delà du blocage des récepteurs nerveux, le gingembre exerce une action directe sur l'estomac. Une digestion ralentie, avec un estomac qui se vide trop lentement, entretient la sensation de nausée et de pesanteur. Plusieurs études cliniques ont montré que le gingembre accélère la vidange gastrique et stimule la motricité gastro-duodénale, c'est-à-dire les contractions qui font progresser le contenu de l'estomac vers l'intestin. Cet effet s'observe aussi bien à jeun qu'après un repas.
En facilitant l'évacuation du contenu gastrique, le gingembre réduit la stagnation à l'origine de l'inconfort. Cet effet prokinétique complète l'action sur le signal nerveux et explique pourquoi le gingembre est traditionnellement employé contre les troubles digestifs au sens large, et pas uniquement contre les nausées. Son action sur l'estomac en fait un allié des digestions difficiles comme des envies de vomir.
Parce qu'il agit sur des mécanismes communs à toutes les nausées — le signal sérotoninergique et la vidange gastrique —, le gingembre constitue une réponse transversale. Son niveau de preuve varie toutefois nettement selon le contexte, et il convient de le situer honnêtement.
La nausée du premier trimestre touche la grande majorité des femmes enceintes. Une méta-analyse parue dans Nutrition Journal, regroupant douze essais contrôlés randomisés et plus de 1 200 femmes, a conclu que le gingembre réduit significativement la sensation de nausée pendant la grossesse, avec une efficacité comparable à celle de la vitamine B6. L'effet sur le nombre d'épisodes de vomissement est en revanche moins net. La monographie de l'ESCOP reconnaît cet usage sous surveillance médicale. Les conditions de sécurité propres à la grossesse — dose précise, moment de la prise, contre-indications — sont détaillées sur la page consacrée au gingembre pendant la grossesse.
C'est l'indication la mieux établie. L'Agence européenne du médicament classe la prévention des nausées et vomissements du mal des transports parmi les usages bien établis du gingembre, c'est-à-dire fondés sur des études cliniques et non sur le seul usage traditionnel, avec une dose de 1 à 2 g de rhizome prise une heure avant le départ. Le déclencheur diffère ici des autres nausées — il naît d'un conflit entre les informations de l'oreille interne et de la vue —, mais il aboutit au même signal émétique que le gingembre interrompt. Le détail des dosages et des formes adaptées au voyage figure sur la page dédiée au gingembre contre le mal des transports.
Les nausées et vomissements qui suivent une anesthésie comptent parmi les effets indésirables les plus fréquents de la chirurgie. Une méta-analyse publiée en 2006 dans l'American Journal of Obstetrics & Gynecology a établi qu'une dose de 1 g de gingembre ou plus, prise avant l'intervention, réduit significativement leur incidence dans les vingt-quatre heures suivant une chirurgie gynécologique ou des membres inférieurs. Ce bénéfice a été observé dans des protocoles encadrés. En dehors de ce cadre, le gingembre doit être interrompu avant une opération en raison d'un risque théorique de saignement, et toute prise péri-opératoire doit être validée par l'équipe d'anesthésie.
Les nausées induites par la chimiothérapie sont parmi les plus difficiles à contrôler, et les données cliniques sur le gingembre y sont plus contrastées que pour les autres indications. En complément des antiémétiques standards, certains essais rapportent un bénéfice : un extrait standardisé apportant 20 mg de 6-gingérol par jour a notamment amélioré le taux de réponse complète par rapport au placebo chez des patients recevant une chimiothérapie hautement émétisante. Dans ce contexte, le gingembre s'envisage en accompagnement d'un protocole médical, jamais en remplacement des traitements prescrits.
Le gingembre se consomme sous trois formes principales, qui ne se valent pas selon l'objectif visé. La poudre et le rhizome frais, en infusion ou en cuisine, conviennent à un usage digestif quotidien et apportent la chaleur aromatique de la plante. Leur teneur en gingérols varie cependant d'une récolte et d'une préparation à l'autre, ce qui rend imprécise la dose réellement absorbée.
Les gélules d'extrait sec répondent à un autre besoin : une quantité d'actifs fixe et reproductible à chaque prise, indépendante de la qualité du rhizome de départ. Cette précision est décisive dans deux situations : le mal des transports, où la dose doit être prise à un moment exact avant le départ et où l'on ne dispose pas toujours d'eau chaude, et tout usage où l'on veut garantir la quantité de gingérols ingérée. Le choix entre gélules et poudre dépend donc avant tout du besoin de précision et de praticité.
| Critère | Infusion / poudre | Gélules d'extrait sec |
|---|---|---|
| Teneur en gingérols | Variable selon la récolte | Fixe, garantie par le titrage |
| Précision de la dose | Approximative | Exacte et reproductible |
| Praticité en voyage | Faible (préparation requise) | Élevée (prise immédiate) |
| Usage le plus adapté | Confort digestif au quotidien | Mal des transports, dose contrôlée |
La quantité de gingembre utile dépend du contexte, mais converge autour d'un repère : environ 1 000 mg d'équivalent rhizome par jour pour les nausées, la dose la plus documentée dans la littérature, sans bénéfice supplémentaire clairement démontré au-delà de 1 500 mg par jour. Pour le mal des transports, la dose efficace est ponctuellement plus élevée et se prend juste avant le départ plutôt que de façon continue.
| Situation | Dose | Moment de la prise |
|---|---|---|
| Nausées de grossesse | ≈ 1 000 mg/j d'équivalent rhizome, sous avis médical | Répartie dans la journée |
| Mal des transports | 1 à 2 g de rhizome | 1 heure avant le départ |
| Nausées post-opératoires | 1 g, en cadre médical | Avant l'intervention, sur avis |
| Confort digestif quotidien | 1 à 2 g (poudre ou équivalent) | Au cours des repas |
Ces repères correspondent aux quantités retenues par les monographies de l'Agence européenne du médicament et de l'ESCOP. Le détail des équivalences entre les différentes formes — rhizome frais, poudre, extrait sec — et des durées de cure est présenté sur la page de posologie du gingembre.
L'efficacité antiémétique d'un complément ne dépend pas de la marque, mais de la quantité de gingérols qu'il délivre réellement. Trois critères, tous vérifiables sur l'étiquette, déterminent ce résultat.
Le premier est la forme. Un extrait sec titré garantit une teneur précise en gingérols à chaque prise, là où une simple poudre de rhizome présente une teneur variable et non garantie. Le deuxième est le niveau de titrage : la majorité des extraits du marché sont titrés autour de 1,5 % de gingérols, tandis qu'un extrait titré à 5 % en délivre, à dose égale, deux à trois fois plus. Le troisième est la dose d'actifs effectivement atteinte sur la journée : viser environ 20 mg de gingérols, soit l'équivalent de 1 000 mg de rhizome, correspond à la fourchette documentée pour les nausées.
Extrait titré à 5 % de gingérols ou plus, apportant environ 20 mg de gingérols par jour, soit l'équivalent de 1 000 mg de rhizome. Teneur en actifs garantie.
Extrait titré autour de 1,5 % de gingérols : teneur garantie, mais deux à trois fois plus faible à dose égale.
Poudre de rhizome non titrée : teneur en gingérols variable et non garantie d'un lot à l'autre.
Produit n'affichant aucune dose de gingérols, ou dont la dose journalière reste sous le seuil documenté.
Le nombre de gélules nécessaires pour atteindre cette dose compte également. Un produit bien dosé permet d'apporter les 20 mg de gingérols en deux gélules par jour, ce qui facilite l'observance, y compris chez l'enfant à partir de six ans, pour qui la taille des gélules importe.
Aux doses alimentaires comme aux doses recommandées, le gingembre est considéré comme sûr. À forte dose, il peut provoquer des brûlures d'estomac, une irritation de la bouche ou de la gorge et un inconfort digestif. Le dépassement de la dose journalière n'apporte aucun bénéfice supplémentaire et augmente ce risque.
Le gingembre peut interagir avec les anticoagulants, certains traitements de l'hypertension artérielle et les antiacides. En cas de traitement au long cours ou de pathologie chronique, un avis médical est recommandé avant toute supplémentation.
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Site Web : Gingembre — WikiPhyto. (s. d.). http://www.wikiphyto.org/wiki/Gingembre
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