La maca est souvent présentée comme un aphrodisiaque naturel, au point d'être surnommée « viagra péruvien ». La réalité scientifique est plus nuancée : les quelques essais cliniques disponibles montrent des signaux positifs sur le désir sexuel chez l'homme et chez la femme, mais les effectifs restent faibles, les méthodologies hétérogènes et les résultats modestes. La maca n'est pas un médicament de la libido. Elle pourrait toutefois, à doses suffisantes et sous forme concentrée, contribuer à un mieux-être global qui se répercute sur la vitalité sexuelle.
Cet article a été mis à jour le 08/07/2025Dans les hauts plateaux andins, la racine de maca (Lepidium meyenii Walp.) est consommée depuis des siècles comme aliment de base et tonique général. Les éleveurs de bétail l'utilisaient pour améliorer la fertilité de leurs troupeaux en altitude, et cette réputation s'est progressivement étendue à la sphère humaine. Le surnom de « viagra péruvien » est apparu dans les années 1990, porté par la vague d'exportation de la maca vers les marchés occidentaux et asiatiques.
« La maca agit comme le Viagra : elle provoque une érection rapide et puissante. »
Le sildénafil (Viagra) agit en quelques dizaines de minutes sur la vasodilatation pénienne. La maca ne possède aucun mécanisme d'action comparable. Ses éventuels effets sur le désir se manifestent après plusieurs semaines de prise régulière, et par des voies qui restent mal comprises.
Ce surnom est donc avant tout un argument marketing. Comme le souligne la revue critique de Beharry et Heinrich publiée dans le Journal of Ethnopharmacology en 2018, l'engouement mondial autour des vertus reproductives de la maca n'est pas pleinement soutenu par la littérature scientifique disponible. Les données existent, mais elles restent fragmentaires.
L'essai clinique le plus souvent cité sur la maca et le désir sexuel masculin est celui de Gonzales et al., publié dans Andrologia en 2002. Cet essai randomisé en double aveugle a inclus 56 hommes sains âgés de 21 à 56 ans, répartis en trois groupes : maca gélatinisée à 1 500 mg/jour, maca gélatinisée à 3 000 mg/jour, ou placebo, pendant 12 semaines. Le résultat principal : une augmentation du désir sexuel auto-déclaré a été observée dès la huitième semaine dans les deux groupes maca, indépendamment de la dose. Ce résultat était statistiquement significatif par rapport au placebo.
Ce résultat est encourageant, mais il repose sur un seul essai de taille modeste, avec une mesure subjective du désir (auto-évaluation). Pour un panorama plus large des effets de la maca sur la santé masculine, une page dédiée approfondit le sujet. Un autre essai mené sur des cyclistes entraînés n'a pas retrouvé d'effet significatif sur le désir sexuel. La revue systématique de Shin et al. (2010), qui a analysé l'ensemble des essais randomisés disponibles à l'époque, a conclu que les preuves en faveur d'un effet de la maca sur la fonction sexuelle restaient limitées, en raison du faible nombre d'essais, des petits effectifs et de la qualité méthodologique variable.
Les données sur la maca et la sexualité féminine sont encore plus rares que chez l'homme, mais deux axes de recherche se distinguent : la ménopause et les troubles sexuels induits par les antidépresseurs.
La baisse de libido est un symptôme fréquent de la ménopause, liée à la chute des estrogènes et à d'autres facteurs (fatigue, sécheresse vaginale, modifications de l'humeur). Quelques études pilotes ont exploré l'effet de la maca dans ce contexte, avec des résultats modestes et des effectifs limités. L'état actuel des connaissances ne permet pas de recommander la maca comme traitement de la baisse de libido liée à la ménopause, mais les signaux préliminaires justifient de poursuivre la recherche.
Les antidépresseurs de type SSRI et SNRI provoquent fréquemment des troubles sexuels (baisse de désir, difficulté d'excitation, retard à l'orgasme) qui touchent jusqu'à 50 % des patientes. L'équipe de Dording, au Massachusetts General Hospital, a mené deux essais sur ce sujet. Le premier (2008) était une étude pilote sur 20 patients des deux sexes, comparant 1,5 g et 3 g de maca par jour : la dose élevée était associée à une amélioration de la fonction sexuelle. Le second (2015), un essai randomisé en double aveugle contre placebo sur 45 femmes sous SSRI/SNRI recevant 3 g de maca par jour pendant 12 semaines, a montré une amélioration significative sur l'un des deux questionnaires utilisés (le MGH-SFQ) mais pas sur l'autre (l'ASEX).
Les auteurs concluent que la maca pourrait atténuer les dysfonctions sexuelles induites par les antidépresseurs chez la femme ménopausée, mais que des études à plus large échelle sont nécessaires. La maca était bien tolérée dans les deux essais.
La dysfonction érectile (DE) légère a fait l'objet d'un essai spécifique. Zenico et al. (2009) ont mené un essai randomisé en double aveugle sur 50 hommes caucasiens souffrant de DE légère (score IIEF-5 entre 17 et 21). Les participants ont reçu soit 2 400 mg d'extrait sec de maca, soit un placebo, pendant 12 semaines. La fonction érectile et le bien-être subjectif ont été évalués par le questionnaire IIEF-5 et le Satisfaction Profile (SAT-P).
Cette amélioration est réelle mais modeste. Un gain de 1,6 point sur l'IIEF-5 ne transforme pas une dysfonction érectile en fonction normale. L'étude ne portait que sur des formes légères, et l'effectif de 50 participants reste limité. La maca ne peut pas être considérée comme un traitement de la dysfonction érectile au sens médical du terme, mais elle pourrait apporter un bénéfice complémentaire dans les formes légères, en parallèle d'une prise en charge globale.
L'une des croyances les plus répandues sur la maca est qu'elle augmenterait le taux de testostérone. Cette idée est séduisante, puisque la testostérone joue un rôle central dans la libido masculine. Les données disponibles ne la confirment pas.
L'essai de Gonzales et al. (2002), qui a montré une amélioration du désir sexuel, a précisément mesuré les taux sériques de testostérone et d'estradiol : aucune différence significative n'a été observée entre les groupes maca et placebo après 12 semaines. L'amélioration du désir ne passait donc pas par une modification hormonale mesurable. D'autres études sur des hommes sains, utilisant des doses de 1 500 à 3 000 mg par jour, ont abouti à des conclusions similaires : pas d'augmentation significative de la testostérone, de la LH, de la FSH ni de la prolactine.
Quelques études menées chez l'animal ont rapporté des augmentations de testostérone, mais ces résultats ne se sont pas traduits chez l'humain. Si une baisse de libido est liée à un déficit en testostérone diagnostiqué, la maca n'est pas la réponse adaptée : un bilan hormonal et un suivi médical sont indispensables.
Les résultats des études cliniques dépendent directement de la forme de maca utilisée et du dosage. Pour que la prise de maca ait une chance de reproduire les effets observés dans les essais, plusieurs critères doivent être réunis.
Extrait concentré (ratio 10:1 à 20:1) apportant au moins 5 000 mg d'équivalent racine brute par jour, en 2 à 4 gélules maximum. C'est ce qui permet d'atteindre les doses des études cliniques avec un nombre de gélules raisonnable.
Poudre de maca gélatinisée à 1 500–3 000 mg/jour. C'est la forme utilisée dans plusieurs essais positifs (Gonzales 2002), mais elle nécessite davantage de gélules ou une prise en poudre libre.
Poudre de maca brute (non gélatinisée) à moins de 1 500 mg/jour. Le dosage est trop faible pour correspondre aux protocoles ayant montré des résultats, et la poudre crue est moins bien absorbée.
Produits sans mention du ratio d'extraction ni de l'équivalent en racine brute. Sans cette information, il est impossible de savoir si le dosage correspond à celui des études.
Le type de maca compte également. La maca noire est la variété la plus étudiée pour ses effets sur la vitalité sexuelle et les fonctions reproductives. La revue de Ulloa del Carpio et al. (2024) confirme que les différentes couleurs de maca (noire, rouge, jaune) présentent des profils de métabolites secondaires distincts, et que la maca noire se distingue particulièrement sur le plan de la fertilité et de la libido.
La durée de prise est un facteur souvent sous-estimé. Dans les études ayant montré des résultats sur le désir sexuel, les effets n'apparaissaient qu'après 6 à 8 semaines de prise quotidienne. Une cure de quelques jours n'a aucun sens dans ce contexte. Les protocoles cliniques durent généralement 8 à 12 semaines. Les délais d'action de la maca sont donc un paramètre à intégrer dans les attentes.
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Publication : Beharry, S., & Heinrich, M. (2018). Is the hype around the reproductive health claims of maca (Lepidium meyenii Walp.) justified ? Journal Of Ethnopharmacology, 211, 126‑170. https://doi.org/10.1016/j.jep.2017.08.003
Publication : Zenico, T., Cicero, A. F. G., Valmorri, L., Mercuriali, M., & Bercovich, E. (2009). Subjective effects ofLepidium meyenii(Maca) extract on well-being and sexual performances in patients with mild erectile dysfunction : a randomised, double-blind clinical trial. Andrologia, 41(2), 95‑99. https://doi.org/10.1111/j.1439-0272.2008.00892.x
Publication : Kimura, M., Abdelhamed, A., Noguchi, T., Ashizawa, T., Hirano, H., Koyasu, H., Terai, K., Saito, K., Ide, H., Muto, S., Yamaguchi, R., & Horie, S. (2016). MP86-03 THE INFLUENCE OF MACA (LEPIDIUM MEYENII) ON THE GLUCOSE METABOLISM AND ERECTILE FUNCTION IN TYPE 1 DIABETIC RATS. The Journal Of Urology/The Journal Of Urology, 195(4S). https://doi.org/10.1016/j.juro.2016.02.2311
Publication : Gonzales, G., Cordova, A., Vega, K., Chung, A., Villena, A., & Gonez, C. (2003). Effect of Lepidium meyenii (Maca), a root with aphrodisiac and fertility-enhancing properties, on serum reproductive hormone levels in adult healthy men. Journal Of Endocrinology/Journal Of Endocrinology, 176(1), 163‑168. https://doi.org/10.1677/joe.0.1760163
Publication : Ohta, Y., Yoshida, K., Kamiya, S., Kawate, N., Takahashi, M., Inaba, T., Hatoya, S., Morii, H., Takahashi, K., Ito, M., Ogawa, H., & Tamada, H. (2015). Feeding hydroalcoholic extract powder ofLepidium meyenii(maca) increases serum testosterone concentration and enhances steroidogenic ability of Leydig cells in male rats. Andrologia, 48(3), 347‑354. https://doi.org/10.1111/and.12453
Site Web : Solano, C. (2022, 3 janvier). La libido : qu’est-ce que c’est ? https://www.passeportsante.net/. https://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/Fiche.aspx?doc=libido
Site Web : PasseportSanté, L. (2021, 8 mars). La testostérone : quel rôle dans la sexualité de l’homme ? https://www.passeportsante.net/. https://www.passeportsante.net/sexualite-g159/Fiche.aspx?doc=testosterone-sexualite
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