L'anxiété et les troubles du sommeil compliquent fréquemment la prise en charge des troubles du comportement alimentaire chez les jeunes. Une équipe du centre de référence de Bologne a étudié rétrospectivement l'effet de la Passiflore chez 94 enfants et adolescents suivis pour un TCA, dans un travail publié en 2025 dans la revue « Adolescents ». Les premiers résultats, encourageants sur l'anxiété et remarquablement bien tolérés, constituent une piste à confirmer.
Cet article a été mis à jour le 21/04/2026
Parmi les 45 patients traités pour l'anxiété et disposant de données de suivi, 53,3 % ont obtenu un score d'amélioration significative ou modérée sur l'échelle CGI-I (Clinical Global Impression–Improvement), un outil validé de la psychiatrie pédiatrique qui évalue l'évolution clinique globale sur une échelle de 1 à 7. Ce taux est cohérent avec l'efficacité rapportée pour les anxiolytiques conventionnels (environ 50 %).
Sur les 22 patients traités pour l'insomnie, 45,4 % ont présenté une amélioration. Ce taux, inférieur aux 60 % parfois rapportés en population générale, s'explique probablement par la complexité des troubles du sommeil liés aux TCA : fragmentation nocturne, décalage circadien, anxiété alimentaire au coucher.
Point notable : les patients souffrant d'anorexie mentale ont présenté les meilleurs résultats, ce qui est cohérent avec le rôle central de l'anxiété dans cette pathologie. Aucune différence significative n'a été observée entre monothérapie et polythérapie, et aucun effet indésirable n'a été rapporté sur l'ensemble de la cohorte.
L'étude a inclus 94 patients de 8 à 17 ans (âge moyen 15 ans, 88,3 % de filles) suivis entre 2020 et 2023 au centre régional de référence pour les TCA pédiatriques de Bologne (Italie). Le diagnostic le plus fréquent était l'anorexie mentale (71,3 %), suivie de l'anorexie atypique (10,6 %) et de l'hyperphagie boulimique (6,4 %).
La Passiflore a été prescrite sous forme de comprimés de 200 mg d'extrait sec (équivalent à 700-1 000 mg d'extrait brut, solvant éthanol 60 %), à raison de 1 à 2 comprimés par jour, pendant au moins un mois. Elle a été administrée principalement pour l'anxiété (75,5 %) ou l'insomnie (28,7 %). Plus de la moitié des patients (56,4 %) recevaient également un ISRS, 27,7 % un antipsychotique atypique, et 21 patients recevaient la Passiflore seule.
L'efficacité a été évaluée à l'aide de l'échelle CGI-I par le clinicien lors des consultations de suivi. Étude rétrospective, sans groupe contrôle, avec des données d'efficacité disponibles pour 64 des 94 patients : ces limites invitent à interpréter les résultats avec prudence et appellent à la réalisation d'essais cliniques contrôlés.
Les troubles du comportement alimentaire — anorexie, boulimie, hyperphagie, ARFID — s'accompagnent très fréquemment d'anxiété et de troubles du sommeil, qui aggravent le tableau clinique et compliquent les soins. Or, les traitements pharmacologiques classiques de l'anxiété, notamment les benzodiazépines, posent des problèmes spécifiques chez les jeunes : risque de dépendance, effets sédatifs, altération des fonctions cognitives. Environ 25 % des patients ne répondent pas aux benzodiazépines. Ces limites expliquent l'intérêt croissant des équipes soignantes pour des alternatives bien tolérées, en particulier chez des patients déjà fragilisés par la dénutrition ou la polythérapie.
La Passiflore (Passiflora incarnata L.) est utilisée en phytothérapie pour ses propriétés anxiolytiques et sédatives. Ce sont les parties aériennes de la plante — tiges, feuilles, fleurs et fruits — qui contiennent les principes actifs d'intérêt, notamment des flavonoïdes. Leur mécanisme d'action repose sur la modulation du système GABAergique : ces flavonoïdes agissent comme agonistes partiels des récepteurs GABA-A, les mêmes que ciblent les benzodiazépines, réduisant ainsi l'hyperactivité neuronale liée à l'anxiété. Une action complémentaire sur les systèmes sérotoninergique et adrénergique, impliqués dans la régulation de l'humeur et du stress, est également décrite.
Cette étude est la première à évaluer spécifiquement la Passiflore chez des enfants et adolescents souffrant de TCA associés à de l'anxiété ou de l'insomnie. Elle montre une amélioration chez environ un patient sur deux, avec une tolérance excellente. Ces résultats restent préliminaires — l'absence de groupe contrôle et le caractère rétrospectif imposent une confirmation par des essais cliniques rigoureux. La Passiflore ne se substitue pas aux traitements en cours : toute modification de prise en charge doit être discutée avec l'équipe soignante.
La prise en charge des TCA repose sur un accompagnement global — psychothérapie, suivi nutritionnel, traitement des comorbidités — dans lequel la phytothérapie et l'aromathérapie peuvent trouver leur place comme compléments, jamais comme substituts. Toute démarche complémentaire doit être signalée à l'équipe médicale.
Le magnésium, souvent déficitaire chez les patients dénutris, joue un rôle reconnu dans la régulation du sommeil et de l'anxiété. Une supplémentation adaptée peut contribuer à améliorer la qualité du sommeil, un enjeu central dans les TCA.
En aromathérapie, l'huile essentielle de Petit Grain Bigarade (Citrus aurantium var. amara), utilisée en inhalation sèche ou en diffusion, est traditionnellement appréciée pour ses propriétés relaxantes et apaisantes. Son mode d'utilisation par voie olfactive présente l'avantage de ne pas entraîner d'interactions médicamenteuses, un atout appréciable chez des patients souvent sous polythérapie.
Publication : La Tempa, A., Ferraiuolo, G., Pranzetti, B., Pruccoli, J., & Parmeggiani, A. (2025). Passiflora incarnata L. Herba in the treatment of anxiety symptoms and insomnia in children and adolescents with feeding and eating disorders. Adolescents, 5(2), 24. https://doi.org/10.3390/adolescents5020024
" Parfait petit livret sur l'utilisation des huiles essentielles. Tres bien confectionne. "
Nathalie