Les coliques du nourrisson épuisent les familles et restent difficiles à soulager malgré des consultations répétées. Une méta-analyse brésilienne publiée dans « Complementary Therapies in Medicine » a compilé dix essais cliniques portant sur 477 bébés allaités pour évaluer l'effet du probiotique Lactobacillus reuteri sur la durée des pleurs. Les résultats, encourageants dès la première semaine, ouvrent une piste concrète pour les parents en quête de solutions.
Cet article a été mis à jour le 15/04/2026
Lactobacillus reuteri est une bactérie lactique naturellement présente dans le tractus gastro-intestinal humain. Elle a été isolée à partir du lait maternel, ce qui en fait une souche d'intérêt particulier en néonatologie. Deux souches ont concentré l'essentiel des travaux cliniques : la DSM 17938, utilisée dans la plupart des essais récents, et l'ATCC 55730, sa souche « mère » historique.
Cette bactérie agit par plusieurs mécanismes complémentaires : elle se fixe à l'épithélium intestinal et entre en compétition avec les bactéries pathogènes pour les sites d'adhésion (on parle d'exclusion compétitive), elle sécrète une substance antimicrobienne appelée reutérine et elle module la réponse immunitaire locale en réduisant l'inflammation intestinale. Chez le nourrisson, ces propriétés présentent un intérêt particulier car les bébés souffrant de coliques présentent souvent un microbiote intestinal déséquilibré, avec notamment une concentration plus élevée en Escherichia coli et plus faible en lactobacilles.
Depuis 2007, plusieurs essais cliniques randomisés et contrôlés contre placebo ont testé l'administration quotidienne de L. reuteri chez des nourrissons allaités souffrant de coliques. Les résultats individuels sont globalement positifs, mais les protocoles varient d'une étude à l'autre — durée de traitement, critères diagnostiques, méthode de mesure des pleurs — ce qui rendait nécessaire un travail de synthèse.
L'équipe brésilienne de l'Université d'État de Maringá a donc conduit une revue systématique et méta-analyse selon le protocole PRISMA, en retenant dix essais cliniques (dont huit intégrés à l'analyse quantitative), soit 477 nourrissons allaités au total. Le risque de biais, évalué par l'outil Cochrane, est faible pour la majorité des études, et le niveau de preuve a été apprécié par la méthode GRADE. Les auteurs soulignent que les cohortes restent modestes et que des essais de plus grande envergure seraient nécessaires.
La méta-analyse montre une réduction significative du temps de pleurs quotidien chez les nourrissons recevant L. reuteri par rapport au placebo, et ce dès la première semaine de traitement (p = 0,001). L'efficacité du traitement — définie comme une réduction d'au moins 50 % du temps de pleurs moyen quotidien — est elle aussi significativement supérieure dans le groupe probiotique dès la semaine 1 (p = 0,003).
Ces résultats se maintiennent aux semaines suivantes. Aux semaines 2 et 3, la réduction du temps de pleurs et le taux de répondeurs restent tous deux hautement significatifs (p < 0,001 pour les deux critères). À la semaine 4, les effets demeurent significatifs (p < 0,001 pour le temps de pleurs, p = 0,002 pour le taux de répondeurs).
Le niveau de preuve, évalué par la méthode GRADE, est toutefois qualifié de « très faible » pour le critère du temps de pleurs et de « faible » pour l'efficacité du traitement. Les auteurs concluent que la preuve existe, mais que la confiance dans l'estimation de l'effet reste limitée — une formulation prudente qui reflète la taille modeste des cohortes et l'hétérogénéité des essais inclus.
Les coliques touchent 20 à 25 % des nourrissons dans les pays industrialisés, avec des estimations allant jusqu'à 40 % selon les études. Transitoires et bénignes — elles disparaissent vers le troisième ou quatrième mois — elles n'en représentent pas moins une source majeure de détresse familiale. Aucun traitement pharmacologique (siméthicone, sucrose, lactase) n'a fait la preuve de son efficacité. C'est dans ce contexte que l'hypothèse d'un déséquilibre du microbiote intestinal a émergé comme piste explicative, rendant les résultats de cette méta-analyse d'autant plus attendus par les professionnels de santé et les familles.
Cette méta-analyse confirme l'intérêt de Lactobacillus reuteri (souches DSM 17938 et ATCC 55730) pour réduire la durée des pleurs chez les nourrissons allaités souffrant de coliques, avec un effet observable dès la première semaine. Le niveau de preuve reste cependant limité (faible à très faible selon GRADE), en raison de la taille modeste des cohortes et de l'hétérogénéité des protocoles. Des essais de plus grande envergure sont nécessaires pour préciser les conditions optimales d'utilisation. Toute supplémentation en probiotique chez un nourrisson doit être discutée avec le pédiatre ou le médecin traitant, qui pourra l'intégrer dans une prise en charge globale adaptée à chaque situation.
Les coliques du nourrisson s'inscrivent dans une période de maturation digestive et neurologique où le bébé s'adapte à son environnement. Au-delà du probiotique, une prise en charge globale associant plusieurs approches peut aider les familles à traverser cette période. Quelle que soit la démarche envisagée, il est recommandé d'en informer le pédiatre ou le médecin traitant.
Phytothérapie : le Fenouil en infusion. En phytothérapie, les fruits du Fenouil (Foeniculum vulgare) sont traditionnellement utilisés pour leurs propriétés antispasmodiques et carminatives, c'est-à-dire qu'ils aident à soulager les spasmes intestinaux et à faciliter l'expulsion des gaz. Les autorités de santé reconnaissent d'ailleurs l'usage des fruits du Fenouil dans le traitement des troubles digestifs. Chez les nourrissons, les infusions de Fenouil peuvent être proposées à partir de l'âge de 3 mois, en complément des autres mesures. Un avis médical préalable est recommandé.
Aromathérapie : des huiles essentielles en massage. Certaines huiles essentielles, comme le Petit Grain Bigarade, diluées dans une huile végétale (Argan, par exemple), peuvent être utilisées en massage doux sur le ventre et le bas du dos du nourrisson pour contribuer à son confort digestif. Cette approche est réservée aux bébés de plus de 3 mois et impose des précautions strictes. Demander l'avis d'un professionnel de santé est recommandé.
Le portage en écharpe, la position ventrale sur l'avant-bras et les massages doux du ventre dans le sens des aiguilles d'une montre figurent également parmi les gestes apaisants les plus souvent rapportés par les familles. L'emmaillotage et les mouvements rythmiques (balancement, marche) peuvent offrir un soulagement temporaire et contribuent au lien parent-enfant. Les pleurs prolongés étant aussi éprouvants pour les parents, le GFHGNP insiste sur l'importance de la réassurance parentale : les coliques sont transitoires et ne reflètent aucune défaillance des soins. Se relayer, accepter de l'aide et consulter en cas d'épuisement sont des gestes essentiels, notamment pour prévenir le syndrome du bébé secoué.
Publication : Dos Reis Buzzo Zermiani, A. P., de Paula Soares, A. L. P. P., da Silva Guedes de Moura, B. L., Miguel, E. R. A., Lopes, L. D. G., de Carvalho Scharf Santana, N., da Silva Santos, T., Demarchi, I. G., & Teixeira, J. J. (2021). Evidence of Lactobacillus reuteri to reduce colic in breastfed babies: Systematic review and meta-analysis. Complementary Therapies in Medicine, 63, 102781. doi:10.1016/j.ctim.2021.102781
" Parfait petit livret sur l'utilisation des huiles essentielles. Tres bien confectionne. "
Nathalie