L'harpagophytum (griffe du diable) est l'une des plantes les mieux étudiées en phytothérapie articulaire, et son profil de sécurité est rassurant : dans les essais cliniques contrôlés, la fréquence des effets indésirables ne dépasse pas celle du placebo. Les effets secondaires rapportés sont rares, bénins et majoritairement digestifs. Quelques contre-indications et interactions médicamenteuses existent néanmoins et méritent d'être connues avant toute cure.
Cet article a été mis à jour le 28/04/2026La question du danger de la griffe du diable revient souvent, portée par le nom spectaculaire de la plante. Les données cliniques apportent une réponse claire : l'harpagophytum présente un profil de sécurité favorable, comparable à celui d'un placebo dans les essais contrôlés.
Ces données concordent avec les conclusions de l'Agence européenne des médicaments (EMA), dont la monographie de 2016 classe l'harpagophytum comme médicament traditionnel à base de plantes sans signal de toxicité notable. L'ESCOP (European Scientific Cooperative on Phytotherapy) et la Commission E allemande partagent cette évaluation. L'OMS, dans ses monographies sur les plantes médicinales, retient le même constat de bonne tolérance aux doses recommandées.
« La griffe du diable est dangereuse et provoque des effets secondaires graves. »
Sur 28 essais cliniques, les effets indésirables n'ont jamais dépassé ceux du placebo. Les effets secondaires sont rares (environ 3 % des patients), bénins et réversibles. Des contre-indications spécifiques existent, mais elles concernent des situations identifiées et gérables.
Les effets indésirables rapportés sous harpagophytum sont peu fréquents et majoritairement d'ordre digestif : inconfort gastrique, nausées, diarrhée ou ballonnements. Ces troubles surviennent le plus souvent en début de cure et tendent à s'atténuer spontanément en quelques jours. La prise au moment des repas peut réduire leur intensité.
Des maux de tête et des vertiges ont été signalés de façon isolée dans la littérature, sans qu'un lien de causalité formelle ait été établi. Les réactions d'hypersensibilité (éruption cutanée, urticaire) restent exceptionnelles. Un cas isolé de pancréatite aiguë a été rapporté (Douros et al., 2013, Pancreatology), sans qu'il soit possible d'exclure d'autres facteurs causaux.
Pour comparaison, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) couramment utilisés dans les mêmes indications exposent à des risques gastro-intestinaux, rénaux et cardiovasculaires nettement plus significatifs. L'essai comparatif de Chantre et al. (2000, Phytomedicine) a d'ailleurs montré significativement moins d'effets indésirables dans le groupe harpagophytum que dans le groupe diacéréine (10 patients contre 21, principalement des troubles digestifs).
L'harpagophytum est bien toléré par la majorité des utilisateurs. Certaines situations imposent toutefois de ne pas l'utiliser ou de prendre un avis médical préalable. Les contre-indications se répartissent en trois niveaux de certitude.
Hypersensibilité connue à l'harpagophytum. Toute réaction allergique antérieure à la plante ou à l'un de ses composants interdit une nouvelle prise. Les manifestations rapportées (éruption cutanée, urticaire) sont très rares mais constituent un motif d'arrêt définitif.
Ulcère gastrique ou duodénal en phase active. L'harpagophytum est une plante amère qui stimule les sécrétions gastriques. Cette propriété, bénéfique dans un contexte normal, peut aggraver un ulcère actif en augmentant la production d'acide chlorhydrique. La monographie EMA de 2016 mentionne explicitement cette contre-indication.
Calculs biliaires ou antécédents de lithiase biliaire. L'harpagophytum possède des propriétés cholérétiques : il favorise la sécrétion de bile par le foie. Chez une personne porteuse de calculs biliaires, cette stimulation peut déclencher une crise de colique hépatique. En cas d'obstruction biliaire avérée, la prise est formellement déconseillée. En cas de simple antécédent, la monographie EMA recommande de consulter un médecin avant toute utilisation.
Pathologies cardiovasculaires. Le rapport d'évaluation de l'EMA signale des données précliniques (sur le lapin isolé) montrant un effet inotrope négatif et un ralentissement de la fréquence cardiaque. Ces observations pharmacologiques n'ont pas été confirmées chez l'humain, mais elles justifient la prudence chez les patients sous traitement cardiaque, notamment sous antiarythmiques ou digitaliques. Pour un traitement approfondi de ce sujet, notre page dédiée à l'harpagophytum et l'hypertension détaille les données disponibles.
Reflux gastro-oesophagien. Par extension du mécanisme décrit pour l'ulcère (stimulation des sécrétions acides), la prudence s'applique en cas de reflux gastro-oesophagien (RGO), même si aucune aggravation n'a été spécifiquement documentée dans les essais cliniques.
Diabète. Certaines données précliniques suggèrent un effet hypoglycémiant de l'harpagophytum. Les personnes sous traitement antidiabétique doivent consulter leur médecin avant d'entamer une cure, afin d'adapter la surveillance glycémique si nécessaire.
L'harpagophytum est contre-indiqué pendant la grossesse. En médecine traditionnelle sud-africaine, la plante était historiquement utilisée pour faciliter le travail lors de l'accouchement, ce qui suggère un effet utérotonique potentiel. Aucune étude clinique n'a évalué la sécurité de l'harpagophytum chez la femme enceinte, et la monographie EMA déconseille formellement son usage dans ce contexte.
Pendant l'allaitement, l'absence de données sur le passage des composés actifs dans le lait maternel impose la même prudence. L'utilisation chez les enfants et adolescents de moins de 18 ans est également déconseillée par l'EMA, faute de données de sécurité dans ces populations.
L'harpagophytum présente des interactions potentielles avec plusieurs classes de médicaments. La monographie EMA de 2016 indique « aucune interaction rapportée » (none reported), mais des travaux in vitro ont mis en évidence des mécanismes d'interaction qui justifient la vigilance en pratique clinique, en particulier pour les médicaments à index thérapeutique étroit.
Les travaux in vitro d'Unger et Frank (2004, Rapid Communications in Mass Spectrometry) ont montré que les extraits d'harpagophytum inhibent modérément plusieurs isoenzymes du cytochrome P450, en particulier le CYP2C9, mais aussi le CYP2C8, le CYP2C19 et le CYP3A4. Le CYP2C9 est l'enzyme responsable du métabolisme de nombreux médicaments courants. Son inhibition peut ralentir l'élimination de ces molécules et augmenter leur concentration plasmatique, majorant le risque d'effets indésirables.
Des travaux ultérieurs ont réévalué l'inhibition du CYP3A4 et jugé sa pertinence clinique peu probable aux doses habituelles d'harpagophytum. Le CYP2C9 reste le point d'attention principal. Ces résultats n'ont pas été confirmés par des études cliniques chez l'humain : le niveau de preuve reste limité aux données in vitro, mais la prudence est de mise pour les médicaments à index thérapeutique étroit.
L'association de l'harpagophytum avec la warfarine (Coumadine), l'acénocoumarol ou la fluindione (Préviscan) est déconseillée. La warfarine est métabolisée par le CYP2C9 : une inhibition de cette enzyme par l'harpagophytum pourrait augmenter la concentration sanguine de l'anticoagulant et majorer le risque hémorragique. Un cas clinique de purpura a été rapporté chez un patient associant harpagophytum et warfarine (Williamson et al., 2009), classé « possible » sur l'échelle de Naranjo. Par extension, la même prudence s'applique aux antiagrégants plaquettaires (aspirine à dose antiagrégante, clopidogrel).
L'harpagophytum exerce une activité anti-inflammatoire par inhibition de la cyclo-oxygénase 2 (COX-2) et réduction de la synthèse de cytokines pro-inflammatoires. Associé à un AINS, il existe un risque théorique de potentialisation des effets indésirables digestifs. De plus, plusieurs AINS courants sont métabolisés par le CYP2C9 : piroxicam, ibuprofène et diclofénac. L'inhibition de cette enzyme par l'harpagophytum pourrait augmenter l'exposition à ces molécules.
En pratique, si vous prenez un AINS au long cours, consultez votre médecin avant d'ajouter de l'harpagophytum. L'un des intérêts de la plante est justement de permettre une réduction de la consommation d'AINS — plusieurs essais cliniques ont montré une baisse significative du recours aux antalgiques de secours chez les patients sous harpagophytum — mais cette transition doit être accompagnée médicalement.
L'acide valproïque (Dépakine) et la phénytoïne (Di-Hydan) sont métabolisés par le CYP2C9. L'harpagophytum pourrait en modifier les concentrations plasmatiques. Pour ces médicaments à index thérapeutique étroit, toute variation de concentration peut avoir des conséquences cliniques significatives. Un avis médical est indispensable avant toute association.
Le paracétamol est métabolisé par les CYP2E1, CYP1A2 et CYP3A4. L'harpagophytum n'inhibe pas le CYP2E1, et son effet sur le CYP3A4 est jugé cliniquement peu significatif. Le risque d'interaction directe est donc faible aux doses habituelles. Pour autant, tout traitement antalgique au long cours, même en vente libre, justifie un suivi médical. Notre page dédiée à l'association harpagophytum et Doliprane détaille les données disponibles.
Un cas isolé d'hypertension de grade 2 a été rapporté chez une femme de 62 ans après prise d'harpagophytum (Cuspidi et al., 2015, Journal of Clinical Hypertension). Ce cas unique ne permet pas de tirer de conclusions générales, mais il justifie une mention dans le rapport d'évaluation de l'EMA. La page harpagophytum et hypertension traite ce sujet en détail.
| Classe médicamenteuse | Mécanisme et conduite à tenir |
|---|---|
| Anticoagulants oraux (warfarine, fluindione, acénocoumarol) | Inhibition du CYP2C9 — risque hémorragique accru. Association déconseillée. |
| AINS substrats du CYP2C9 (piroxicam, ibuprofène, diclofénac) | Risque de potentialisation des effets digestifs et d'augmentation de l'exposition. Avis médical. |
| Antiépileptiques (acide valproïque, phénytoïne) | Index thérapeutique étroit, substrats du CYP2C9. Avis médical indispensable. |
| Antiarythmiques / digitaliques (amiodarone, digoxine) | Données précliniques d'effet inotrope négatif. Avis médical. |
| Hypoglycémiants oraux (glipizide, glibenclamide) | Effet hypoglycémiant préclinique. Surveillance glycémique renforcée. |
L'harpagophytum est souvent utilisé en cures prolongées pour accompagner des douleurs articulaires chroniques. La question de sa tolérance sur la durée a fait l'objet d'un suivi clinique spécifique, le plus long disponible dans la littérature.
Ces résultats suggèrent une bonne tolérance de l'harpagophytum à dose standard (60 mg d'harpagosides par jour) sur une période d'un an. La revue de Vlachojannis et al. (2008) n'a par ailleurs identifié aucun cas de toxicité chronique dans la littérature, tout en soulignant que davantage de données seraient souhaitables aux doses les plus élevées.
La qualité de l'extrait d'harpagophytum joue un rôle direct dans la tolérance du produit. Un extrait correctement titré permet d'atteindre la dose utile en un minimum de gélules, ce qui limite la quantité totale de matière ingérée et réduit d'autant le risque d'inconfort digestif.
Extrait titré à 20 % ou plus d'harpagosides, apportant 50 à 60 mg d'harpagosides par dose journalière en 1 à 2 gélules. C'est la dose utilisée dans les essais cliniques de référence sur la tolérance (Chrubasik 2005 : 60 mg/jour pendant 54 semaines).
Extrait titré entre 2 % et 5 %, nécessitant 4 à 6 gélules par jour pour atteindre la dose utile. Fonctionnel mais plus contraignant et davantage susceptible de provoquer un inconfort digestif par le volume ingéré.
Poudre de racine brute non titrée ou extrait sans garantie de teneur en harpagosides. Efficacité incertaine, dose d'actif non vérifiable, nombre de gélules nécessaires potentiellement élevé.
Au-delà du titrage, vérifiez que le produit utilise un extrait de racines secondaires (tubéreuses) d'Harpagophytum procumbens, la seule espèce et la seule partie de la plante pour lesquelles les données cliniques de sécurité existent. Les recommandations de posologie de l'harpagophytum détaillent les doses de référence issues des essais cliniques.
Pour en savoir plus sur les propriétés et bienfaits de l'harpagophytum, notre page pilier rassemble l'ensemble des données disponibles.

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Publication : Davari, S. A., Miri, A., & Shahraki, E. (2016). Teratogenic Effects of Harpagophytum procumbens Ethanolic Extract in Mice and Fetuses. Zahedan Journal Of Research In Medical Sciences, In Press(In Press). https://doi.org/10.17795/zjrms-3481
Publication : Mahomed, I. M., & Ojewole, J. A. O. (2009). Uterotonic effect of Harpagophytum procumbens DC (Pedaliaceae) secondary root aqueous extract on rat isolated uterine horns. Journal Of Smooth Muscle Research, 45(5), 231‑239. https://doi.org/10.1540/jsmr.45.231
Publication : Brien, S., Lewith, G. T., & McGregor, G. (2006). Devil’s Claw (Harpagophytum procumbens) as a Treatment for Osteoarthritis : A Review of Efficacy and Safety. The Journal Of Alternative And Complementary Medicine, 12(10), 981‑993. https://doi.org/10.1089/acm.2006.12.981
Publication : Navarette, S., & Saussays, C. (2011, 9 novembre). Les interactions entre plantes et médicaments. https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-00641779
Ouvrage : Lorrain, É. (2019). Grand Manuel de phytothérapie. Dunod.
Site Web : Harpagophyton - phytothérapie - VIDAL. (s. d.). VIDAL. https://www.vidal.fr/parapharmacie/phytotherapie-plantes/harpagophyton-harpagophytum-procumbens.html
Site Web : La phytothérapie dans le traitement des digestions difficiles - VIDAL. (s. d.). VIDAL. https://www.vidal.fr/maladies/estomac-intestins/digestion-difficile/phytotherapie-plantes.html#:~:text=Les%20plantes%20qui%20contiennent%20des,et%20de%20nombreuses%20autres%20plantes
Site Web : Calculs biliaires - symptômes, causes, traitements et prévention - VIDAL. (s. d.). VIDAL. https://www.vidal.fr/maladies/estomac-intestins/calculs-biliaires.html
Site Web : Interactions médicamenteuses et cytochromes - ANSM : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. (s. d.). https://archive.ansm.sante.fr/Dossiers/Interactions-medicamenteuses/Interactions-medicamenteuses-et-cytochromes/(offset)/1
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