Une étude observationnelle rétrospective publiée en 2025 dans la revue scientifique Adolescents (MDPI) évalue, pour la première fois, l'utilisation de la Passiflore chez des enfants et adolescents souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA) associés à de l'anxiété ou des troubles du sommeil. Sur 94 jeunes patients suivis pendant jusqu'à quatre ans, plus d'un patient sur deux traités pour l'anxiété a rapporté une amélioration significative — et aucun effet indésirable n'a été constaté. Un résultat préliminaire qui ouvre des perspectives concrètes pour les cliniciens en quête d'alternatives douces à la pharmacologie conventionnelle.
Cet article a été mis à jour le 17/03/2026
Plante étudiée : Passiflora incarnata L. Herba — extrait sec standardisé à 200 mg (équivalent 700–1 000 mg d'extrait brut, obtenu à l'éthanol 60°), en 1 ou 2 comprimés par jour.
Population : 94 enfants et adolescents (8,6 à 17,9 ans, âge moyen 15 ans ; 88,3 % de filles) présentant un trouble du comportement alimentaire (TCA) avec anxiété et/ou insomnie
Méthode : Étude observationnelle rétrospective (2020–2023). Évaluation clinique par l'échelle CGI-I (Clinical Global Impression–Improvement), validée internationalement
Résultats clés : 53,3 % des patients traités pour l'anxiété et 45,4 % de ceux traités pour l'insomnie ont rapporté une amélioration significative
Tolérance : Excellente — aucun effet indésirable signalé, aucune interaction médicamenteuse cliniquement significative
Conclusion : Première étude spécifique à cette population vulnérable : la Passiflore apparaît comme un complément thérapeutique bien toléré, particulièrement prometteur chez les adolescents souffrant d'anorexie associée à de l'anxiété
Les troubles du comportement alimentaire (TCA) — anorexie, boulimie, hyperphagie, trouble de l'évitement ou de la restriction alimentaire (ARFID) — touchent principalement les adolescents et s'accompagnent très fréquemment d'anxiété intense et de troubles du sommeil, qui aggravent le tableau clinique et compliquent la prise en charge. Or, les traitements médicamenteux conventionnels, notamment les benzodiazépines, présentent des risques particulièrement préoccupants dans cette population : dépendance, effets sédatifs, impact cognitif — autant de freins pour les familles et les médecins.
C'est précisément dans ce contexte que cette étude prend toute sa valeur. Elle est la première à documenter spécifiquement l'utilisation de la Passiflore dans une population pédiatrique souffrant de TCA — une population vulnérable, peu étudiée en phytothérapie, pour laquelle le rapport bénéfice/risque de chaque traitement est crucial. La rigueur du cadre institutionnel (centre de référence de niveau tertiaire, approbation d'un comité d'éthique) et la taille de la cohorte — 94 patients sur quatre ans — confèrent à ces données une valeur clinique réelle, même si elles restent exploratoires.
Enfin, le fait que la Passiflore ait été utilisée aussi bien en monothérapie qu'en association avec des antidépresseurs ou des antipsychotiques atypiques, sans qu'aucune interaction significative n'ait été observée, renforce l'intérêt pratique de ces résultats pour les équipes soignantes.
La Passiflore (Passiflora incarnata L.) est utilisée en phytothérapie depuis des siècles pour ses propriétés apaisantes et sédatives. Ce sont les parties aériennes de la plante — tiges, feuilles, fleurs et fruits — qui concentrent les principes actifs d'intérêt thérapeutique, notamment ses flavonoïdes (chrysine, apigénine, lutéoline). Plusieurs mécanismes d’action permettent d’expliquer ses effets en cas de TCA associés à de l'anxiété et/ou des troubles du sommeil :
L'étude a inclus 94 patients âgés de 8,6 à 17,9 ans (âge moyen : 15 ans), dont 88,3 % de filles — ce qui reflète bien la prévalence plus élevée des TCA chez les adolescentes. Le diagnostic le plus fréquent était l'anorexie mentale (71,3 %), suivie de l'anorexie atypique (10,6 %), du BED ou hyperphagie boulimique (6,4 %), de la boulimie nerveuse (3,2 %) et de l'ARFID (3,2 %). La Passiflore a été prescrite principalement pour traiter l'anxiété (75,5 % des cas) ou l'insomnie (28,7 %), certains patients présentant les deux.
La moitié des patients (56,4 %) recevaient également un antidépresseur de type ISRS (inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine), 27,7 % un antipsychotique atypique, et 7,4 % une benzodiazépine. 21 patients ont reçu la Passiflore seule, sans autre traitement psychotrope.
Les effets du traitement ont été évalués à l'aide du CGI-I (Clinical Global Impression–Improvement), une échelle clinique validée internationalement, notée de 1 ("très nettement amélioré") à 7 ("très nettement aggravé"). C'est le clinicien qui attribue la note en se basant sur l'évolution globale du patient depuis le début du traitement — une méthode robuste et largement utilisée dans les essais de psychiatrie pédiatrique. Des données d'efficacité ont pu être recueillies pour 64 des 94 patients.
Parmi les 45 patients traités pour l'anxiété avec des données disponibles, 53,3 % ont obtenu un score CGI-I de 2 ou 3 — c'est-à-dire une amélioration significative ou modérée de leur état. Ce résultat est cohérent avec les données de la littérature sur les anxiolytiques conventionnels, qui montrent une amélioration chez environ 50 % des patients.
Sur les 22 patients traités pour l'insomnie, 45,4 % ont présenté une amélioration statistiquement significative de leur sommeil. Ce taux, inférieur aux 60 % rapportés dans certaines études sur la Passiflore en population générale, s'explique probablement par la complexité des troubles du sommeil dans les TCA : fragmentation nocturne, décalage de phase circadienne, anxiété alimentaire au coucher — autant de facteurs qui rendent l'insomnie liée aux TCA particulièrement résistante.
Concernant les sous-groupes, les patients souffrant d'anorexie mentale ont présenté les meilleurs résultats — ce qui est cohérent avec le rôle central de l'anxiété dans cette pathologie. Aucune différence statistiquement significative n'a été observée entre les patients en monothérapie et ceux sous polythérapie, ce qui suggère que la Passiflore ne perd pas son efficacité lorsqu'elle est combinée à d'autres traitements. Aucun effet indésirable n'a été rapporté dans l'ensemble de la cohorte.
Cette étude apporte une première réponse concrète à une question clinique encore trop peu étudiée : peut-on utiliser la Passiflore chez des adolescents souffrant à la fois de troubles alimentaires et d'anxiété ou d'insomnie ? Les données recueillies permettent de répondre prudemment par l'affirmative — sous réserve de confirmation par des études contrôlées.
Avec un taux d'amélioration de 53 % pour l'anxiété et 45 % pour l'insomnie, et surtout une tolérance irréprochable sur l'ensemble des 94 patients suivis, la Passiflore s'impose comme une option phytothérapeutique sérieuse à considérer pour les cliniciens qui accompagnent ces jeunes patients. Son profil de sécurité particulièrement favorable en fait une alternative crédible aux traitements conventionnels pour les formes légères à modérées de ces comorbidités, ou une option de choix lorsque les familles sont réticentes à recourir à la pharmacologie classique.
La variabilité des réponses selon le sous-type de TCA — meilleure efficacité dans l'anorexie mentale, plus limitée dans l'ARFID ou l'hyperphagie — rappelle que ces pathologies ont des mécanismes d'anxiété distincts, et qu'une approche personnalisée reste essentielle. La Passiflore n'est pas une réponse universelle, mais elle constitue un outil supplémentaire précieux dans l'arsenal thérapeutique des équipes soignantes.
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Publication : La Tempa, A., Ferraiuolo, G., Pranzetti, B., Pruccoli, J., & Parmeggiani, A. (2025). Passiflora incarnata L. Herba in the treatment of anxiety symptoms and insomnia in children and adolescents with feeding and eating disorders. Adolescents, 5(2), 24. https://doi.org/10.3390/adolescents5020024
" Parfait petit livret sur l'utilisation des huiles essentielles. Tres bien confectionne. "
Nathalie