L'ubiquinone et l'ubiquinol sont deux formes de la même molécule, la coenzyme Q10, qui se distinguent par leur état d'oxydoréduction. L'organisme les convertit en permanence l'une dans l'autre au sein d'un cycle redox continu, notamment dans les mitochondries. Les allégations marketing présentant l'ubiquinol comme « 8 fois plus absorbé » que l'ubiquinone ne reflètent pas l'ensemble des données pharmacocinétiques disponibles, qui sont plus nuancées. Le choix d'un complément de coenzyme Q10 repose moins sur la forme chimique que sur des critères de qualité : procédé de fabrication, pureté de la matière première et formulation.
La coenzyme Q10 (CoQ10) est une molécule lipophile présente dans la quasi-totalité des membranes cellulaires, en particulier dans les mitochondries. Elle est constituée d'un noyau benzoquinone lié à une chaîne latérale de dix unités isoprène. Cette molécule existe sous trois états d'oxydoréduction : la forme totalement oxydée (ubiquinone), la forme partiellement réduite (semiquinone, un intermédiaire radicalaire) et la forme totalement réduite (ubiquinol).
L'ubiquinone intervient principalement comme transporteur d'électrons dans la chaîne respiratoire mitochondriale : elle reçoit les électrons au niveau des complexes I et II, puis les transmet au complexe III. L'ubiquinol, de son côté, représente la forme antioxydante active : elle protège les phospholipides membranaires contre la peroxydation lipidique. Dans le plasma sanguin d'un adulte en bonne santé, l'ubiquinol représente environ 90 à 95 % de la CoQ10 circulante, ce qui témoigne de l'efficacité des systèmes enzymatiques de réduction de l'organisme.
L'un des points essentiels pour comprendre le débat entre ubiquinone et ubiquinol est le cycle redox cellulaire. L'organisme ne stocke pas la CoQ10 sous une forme figée : il convertit en permanence l'ubiquinone en ubiquinol et inversement, selon les besoins métaboliques. Ce cycle est catalysé par plusieurs systèmes enzymatiques, notamment les NADPH-réductases (dont la DT-diaphorase), le complexe I mitochondrial et le complexe III via le mécanisme dit du « Q cycle ».
Concrètement, cela signifie qu'un complément alimentaire apportant de l'ubiquinone sera converti en ubiquinol par l'organisme après absorption, et inversement. Cette conversion est rapide et efficace chez un adulte en bonne santé. Chez les personnes âgées de plus de 60 ans, les personnes soumises à un stress oxydatif important ou celles porteuses de certains variants génétiques, la capacité de réduction pourrait être diminuée, mais les données cliniques quantifiant précisément cette perte restent limitées.
La question de la biodisponibilité relative de l'ubiquinol par rapport à l'ubiquinone a fait l'objet de plusieurs études pharmacocinétiques croisées. Les résultats montrent que l'ubiquinol produit des taux plasmatiques de CoQ10 supérieurs à ceux de l'ubiquinone à dose identique, mais l'amplitude de cette différence varie considérablement selon les études, les formulations testées et les populations étudiées.
L'étude croisée de Langsjoen et Langsjoen (2014), conduite sur 12 volontaires sains à 200 mg/jour pendant 4 semaines, a montré que l'ubiquinone faisait passer la CoQ10 plasmatique totale de 0,9 à 2,5 µg/mL, tandis que l'ubiquinol l'élevait de 0,9 à 4,3 µg/mL. Le facteur d'augmentation est ici d'environ 1,7 en faveur de l'ubiquinol — loin du facteur « 8 » avancé par certains fabricants. Une étude menée chez des sujets de plus de 60 ans à 100 mg/jour a mesuré une AUC plasmatique environ 4,3 fois supérieure pour l'ubiquinol, un contexte où la capacité de réduction endogène est potentiellement amoindrie.
| Paramètre | Ubiquinone | Ubiquinol |
|---|---|---|
| État redox | Forme oxydée (Q) | Forme réduite (QH₂) |
| Taux plasmatiques à 200 mg/j (Langsjoen 2014) | 2,5 µg/mL | 4,3 µg/mL |
| Facteur d'augmentation vs baseline | × 2,8 | × 4,8 |
| Stabilité de la matière première | Stable à l'air et à la chaleur | Sensible à l'oxydation |
| Essais cliniques majeurs (Q-SYMBIO) | Forme utilisée (300 mg/j) | Non testée dans ce cadre |
Plusieurs éléments modèrent l'interprétation de ces résultats. La variabilité interindividuelle de l'absorption de la CoQ10 est importante, quelle que soit la forme administrée. Une étude croisée conduite sur 11 volontaires sains a confirmé des écarts de taux plasmatiques basaux significatifs entre participants, persistant après supplémentation. La formulation du complément (présence ou non d'un corps gras, type de capsule) influence autant — voire davantage — la biodisponibilité que la forme chimique elle-même.
L'argument commercial le plus répandu affirme que l'ubiquinol serait « 8 fois mieux assimilé » que l'ubiquinone. Ce chiffre, omniprésent dans la communication des marques distribuant de l'ubiquinol breveté, ne correspond à aucune étude pharmacocinétique publiée dans ces termes. Les données réelles montrent un avantage de biodisponibilité de l'ubiquinol variable selon les conditions expérimentales, oscillant entre un facteur 1,7 et 4,3 selon les protocoles, les doses et les populations.
« L'ubiquinol est 8 fois plus absorbé que l'ubiquinone. L'ubiquinone est une forme obsolète et inefficace. »
L'ubiquinol produit des taux plasmatiques supérieurs à ceux de l'ubiquinone (facteur 1,7 à 4,3 selon les études), mais l'organisme convertit les deux formes en permanence. Les grands essais cliniques démontrant des bénéfices cardiovasculaires (Q-SYMBIO, 420 patients, 2 ans) ont utilisé de l'ubiquinone à 300 mg/jour, pas de l'ubiquinol.
L'autre argument marketing fréquent présente l'ubiquinone comme une forme « inactive » nécessitant une conversion pour devenir « bioactive ». Cette formulation est trompeuse. L'ubiquinone est la forme qui participe directement à la chaîne de transport des électrons mitochondriale, le processus central de production d'ATP. L'ubiquinol est la forme antioxydante. Les deux formes sont indispensables et l'organisme les recycle en continu. Aucune des deux n'est « inactive ».
L'instabilité de l'ubiquinol constitue un point rarement mentionné dans la communication commerciale. L'ubiquinol est très sensible à l'oxydation : au contact de l'air, de la chaleur ou de la lumière, il se réoxyde en ubiquinone. Des travaux ont montré que certaines capsules molles d'ubiquinol, du fait du procédé de scellement à chaud, contiennent en réalité une proportion significative d'ubiquinone. L'ubiquinone, en revanche, est une molécule intrinsèquement stable, ce qui garantit que le consommateur ingère effectivement la dose indiquée sur l'étiquette.
Le plus grand essai clinique randomisé conduit sur la coenzyme Q10 dans l'insuffisance cardiaque, l'étude Q-SYMBIO (Mortensen et al., 2014), a utilisé de l'ubiquinone à la dose de 100 mg trois fois par jour (300 mg/jour) pendant deux ans. Cet essai multicentrique, mené sur 420 patients dans 17 centres répartis entre l'Europe, l'Asie et l'Australie, a démontré une réduction significative des événements cardiovasculaires majeurs et de la mortalité dans le groupe CoQ10 par rapport au placebo.
Ce point est déterminant pour la comparaison : la quasi-totalité des données cliniques démontrant des effets bénéfiques de la CoQ10 sur des critères cliniques durs (mortalité, événements cardiovasculaires, capacité fonctionnelle) ont été obtenues avec de l'ubiquinone. L'ubiquinol, malgré son avantage pharmacocinétique mesuré, ne dispose pas à ce jour d'essais cliniques de puissance comparable sur des critères de morbi-mortalité. L'avantage en taux plasmatiques ne se traduit pas automatiquement en avantage clinique.
Le choix entre ubiquinone et ubiquinol importe moins que les critères de qualité de la matière première et de la formulation. Plusieurs paramètres déterminent l'efficacité réelle d'un complément de CoQ10.
La CoQ10 de qualité est obtenue par biofermentation, un procédé qui utilise des micro-organismes (levures ou bactéries) pour produire la molécule à partir de substrats végétaux comme le glucose de maïs. Ce procédé produit une CoQ10 bio-identique à celle synthétisée par l'organisme, avec un profil de pureté supérieur aux voies de synthèse chimique. La biofermentation est le procédé de référence pour les compléments de qualité pharmaceutique.
Les pharmacopées internationales définissent des standards de pureté et d'identité pour la CoQ10. Les trois référentiels de référence sont la Pharmacopée américaine (USP), la Pharmacopée européenne (EP) et la Pharmacopée japonaise (JP). Un complément conforme à ces trois standards garantit une teneur en CoQ10 supérieure à 98 %, avec des contrôles sur l'identité de la molécule, la recherche de contaminants et la stabilité du principe actif.
Le dosage de référence dans la littérature scientifique se situe entre 100 et 300 mg/jour, avec 200 mg/jour comme dose la plus couramment utilisée en supplémentation générale. La CoQ10 étant une molécule liposoluble, la présence d'un corps gras dans la formulation améliore son absorption intestinale. Une formulation contenant de l'huile végétale (tournesol, olive, lin) comme excipient est donc préférable à une formulation sèche sans lipide, quelle que soit la forme chimique retenue.
CoQ10 issue de biofermentation, pureté conforme USP/EP/JP (> 98 %), 200 mg/jour, formulation avec corps gras (huile végétale).
CoQ10 de biofermentation à 100 mg/jour, conformité à une pharmacopée (USP ou EP), présence d'un lipide dans la formulation.
Dosage inférieur à 100 mg/jour, formulation sèche sans corps gras, absence de conformité pharmacopée déclarée.
CoQ10 de synthèse chimique, pureté non documentée, formulation chargée en additifs ou excipients inutiles.
Le MitoQ (mésylate de mitoquinone) est un analogue synthétique de la CoQ10 développé en Nouvelle-Zélande à la fin des années 1990. Sa structure associe un fragment ubiquinone à un cation lipophile (triphénylphosphonium) qui lui permet de s'accumuler de façon préférentielle dans les mitochondries, grâce à leur potentiel de membrane négatif. Cette concentration mitochondriale est estimée à environ 1 000 fois celle du cytoplasme, ce qui en fait un antioxydant ciblé plus efficace à dose bien plus faible que la CoQ10 classique.
Le MitoQ fait l'objet de recherches dans des domaines variés (maladies cardiovasculaires, stress oxydatif, vieillissement), avec une littérature scientifique croissante. Il ne s'agit toutefois pas d'un substitut direct de la CoQ10 en supplémentation classique : c'est une molécule synthétique distincte, commercialisée comme complément alimentaire, dont les preuves cliniques à grande échelle sont encore en cours de consolidation.
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" Parfait petit livret sur l'utilisation des huiles essentielles. Tres bien confectionne. "
Nathalie